Comment pratiquer
 
Frantz Liszt est tenu pour être le plus grand pianiste de tous les temps. Il usait d’une méthode que nous pouvons mettre en oeuvre pour la cornemuse. En y ajoutant quelques étapes supplémentaires, nous pouvons ainsi développer une méthode individuelle très performante. Plus on pratique effectivement, plus on apprend vite et plus grande est la motivation.
 
Dans cette page, vous allez découvrir des secrets qui vous indiqueront comment devenir un meilleur sonneur.
 
À noter
 
Beaucoup de questions se présentent dans le cadre d’une pratique individuelle, questions pour lesquelles il existe souvent des réponses courtes et simples. Merci de prendre contact pour nous interroger sur un problème particulier.
 
Chaque question ne peut être anticipée, pas plus qu’une liste de suggestions ne peut se prétendre complète.
 
Trouver l’explication magique qui aide l’étudiant à saisir ce qu’il cherche à comprendre, voilà tout l’art de l’enseignement. Ce qu’il y a à dire, souvent, dépend du moment où il faut le dire. Pour cette raison, hélas, une méthode d’auto apprentissage ne suffira jamais.
 
En préambule
 
Quand nous expérimentons quelque chose, le cerveau établit des connexions entre les neurones. Ces connexions sont soit renforcées en étant rafraîchies, soit remplacées par de nouvelles, conçues sur le même modèle. Quand nous jouons quelque chose à peu près correctement, ce que nous faisons, en fait, c’est créer une nouvelle série de connexions concurrentes entre les neurones, dont certaines ont alors besoin d’être évacuées la fois suivante. Nous pouvons comparer cela au fait de dessiner une carte et d’y tracer de nouvelles liaisons à chaque fois que nous commettons une erreur. Si nous ne gommions pas ces erreurs, nous serions vite perdus…
 
Corriger nos erreurs, en comparant mentalement ce que nous jouons avec ce que nous avions l’intention de jouer, ou voulions jouer, fera que notre apprentissage sera effectif et beaucoup plus efficace.
 
En analysant notre jeu dans ses moindres détails, nous pouvons parfaire chacun d’entre eux, puis les (re)assembler pour former de bons sonneurs. Avec d’autres instruments, nous appellerions cela l’apprentissage des rudiments, puis nous les mettrions en pratique.
 
Le contrôle des doigts
 
Quand on commence juste à jouer, les doigts ne sont pas très disciplinés et n’obéissent pas nécessairement très bien. Souvent, l’ordre de bouger un doigt de la main gauche sera envoyé à la main droite. C’est un problème récurrent – quand nous forçons les étapes, les mains décident par elles-mêmes qu’elles « savent mieux ». Alors apparaissent les problèmes « de droite et de gauche ». Il existe un exercice très simple pour ça.
 
  1. Posez vos mains bien à plat sur la table.
  2. Levez ensemble vos index et annulaires, sans bouger les autres doigts.
  3. En bougeant tous vos doigts d’un geste, abaisser vos index et annulaires et, à leur place, lever vos majeurs et auriculaires.
  4.  Refaites-le rapidement, les yeux fermés, les bras croisés, en alternant la position des doigts selon les mains (annulaire levé à la main gauche, baissé à la droite, etc.), changez de rythme, et ainsi de suite.
Notez que les pouces ne sont pas utilisés dans cet exercice, et qu’il vous faudra le répéter fréquemment. Les débuts seront terribles, mains vos mains apprendront étonnamment vite. Le fait de procéder ainsi au début permettra de progresser bien plus qu’avec n’importe quelle autre pratique.
 
La « bonne » technique
 
La bonne technique, c’est la capacité de contrôler chaque doigt, de leur faire faire ce que l’on veut, quand on le veut. Ce n’est pas de jouer des doublés très rapides.
 
La bonne technique doit être combinée avec une compréhension musicale afin de décider quand les choses doivent être faites, de connaître le rythme de chaque appoggiature (ou « détaché »), pourquoi il en est ainsi et comment faire pour que les choses se produisent.
 
La musculature du sonneur
 
Une telle chose existe bel et bien ! Comme pour « construire » chaque muscle, on devrait travailler sans arrêt jusqu’à ce que le muscle défaille (vous savez, quand tout se détraque), puis se reposer et lui permettre de récupérer.
Savoir quand le contrôle des doigts est allé au-delà des capacités du mental est un art que les enseignants doivent maîtriser. Et c’est important lorsqu’un changement de stratégie se révèle nécessaire, afin de développer les capacités mentales de l’élève et d’entretenir sa motivation. En apprenant seul, vous devez savoir qu’il existe une musculature du sonneur et qu’il vous faudra continuer à la fatiguer, d’une façon ou d’une autre, mais aussi la laisser récupérer.
 
La juste méthode
 
Jouer d’un instrument se fonde à peu près toujours sur les mêmes principes : lever et abaisser les doigts dans un certain ordre et à certains moments – l’ordre renvoie à la technique, tandis que le temps (rythme), c’est de la musique. En jouant sur le temps, on interprète la musique. Ainsi, la technique peut-elle être « programmée » et assurée, comme on programme un ordinateur. Comme sur un ordinateur, les actions sont très rapprochées les unes des autres dans le temps, mais pas simultanées. En procédant efficacement à cette programmation, nous pouvons assurer notre technique et utiliser l’énergie ainsi économisée à contrôler notre musique.
 
Liszt jouait une note correctement sept fois d’affilée. Cela fait, il ajoutait la note suivante, et ainsi de suite, jusqu’à ce que le morceau soit joué en entier.
 
Il existe cinq stades quand on apprend à jouer :
  1. La programmation de base des doigts
  2. Regrouper les instructions reçues
  3. Attribuer un nom aux signes de temps (temps et subdivisions de temps)
  4. Marquer le temps (tempo) de manière stable
  5. Accélérer
 
Chaque étape doit être réalisée sept fois de suite correctement. C’est très dur au début, mais cela devient plus facile au fil du temps. Les premiers stades d’apprentissage de cette méthode semblent interminables, mais les résultats arrivent infiniment plus vite.
 
Des groupes de sonneurs utilisent exactement cette méthode, sans contact régulier avec un enseignant expérimenté. Ces groupes ont participé à des ateliers avec l’auteur, Lindsay Davidson (lindsaydavidson@lindsaydavidson.co.uk), qui leur a inculqué cette méthode et les a motivés, puis leur a fait franchir des barrières en faisant monter leur niveau de jeu. Après quoi ils se sont dirigés eux-mêmes avec zèle et discipline, moyennant des conseils occasionnels par courrier électronique.
 
L’apprentissage en groupe
 
Toute personne au sein d’un groupe peut rencontrer une difficulté à chacune des étapes décrites plus haut. Souvent, le simple fait de ramener tout le groupe à la programmation de base, au niveau d’un petit problème, le résoudra ; et se révélera souvent hautement motivant – chacun peut découvrir un passage où il était un peu défaillant.
 
Il revient à l’enseignant d’identifier rapidement et discrètement qui rencontre un problème et à quelle étape, et même de dire à cette personne, individuellement, ce qui ne va pas, ou de trouver un exercice collectif susceptible d’éviter un embarras quelconque.
 
Comme on le disait dans la marine d’autrefois : une chaîne n’a de résistance que celle du plus faible de ses maillons. Il en va de même dans un groupe de musiciens.
Périodiquement, le meneur/enseignant doit évaluer chaque membre du groupe et lui donner des exercices afin de lever ses plus grosses difficultés. Dans le même temps, il doit trouver des exercices susceptibles de profiter à l’ensemble du groupe. Le choix d’un répertoire doit poursuivre deux objectifs : mettre en évidence les forces du groupe, mais aussi gommer ses zones de faiblesse.
 
Chaque répétition doit être vécue comme une leçon par chaque membre du groupe. Chaque fois qu’un morceau est joué, quelqu’un doit se voir assigné un passage à améliorer – de préférence deux ou trois membres. Chacun doit se voir remettre le même nombre de passages à améliorer en une soirée, si bien que personne ne se sent trop bon, ni visé ou sorti du lot. De cette façon, un équitable et large étalage d’expérience peut être offert à un groupe (dans les limites du raisonnable).
 
Un bon groupe joue la même chose au même moment et en usant des mêmes techniques. Au « bon vieux temps », « grognement et gifle » était la norme en matière d’enseignement, particulièrement au sein des groupes de sonneurs. De fait, le chef sonneur aurait grommeler « pas comme ci, pas comme ça, mais quelque chose d’autre », aurait joué quelque chose d’approchant, et aurait appelé ça une leçon. L’élève était avant tout prié de ne pas poser de question, et de tout imiter comme un singe.
 
La méthode ci-dessus prend du champs avec le besoin de se montrer perpétuellement négatif au cours d’une leçon. Il est possible d’examiner plus attentivement ce que joue un élève et de le comparer à ce qui est effectivement recherché. Cela nous permet d’établir des objectifs positifs et d’identifier les outils nécessaires, et ce qui nous manque, de façon à atteindre notre but.
 
La maxime magique parle ainsi :
 
« Si tu peux jouer lentement, tu peux jouer rapidement, mais l’inverse n’est pas nécessairement vrai ».
 
Au plus haut niveau du jeu de cornemuse, vous devrez être capable de décider avec un extrême soucis du détail quand ouvrir et fermer chaque appoggiature, et combien de temps cela doit prendre exactement. Pour programmer cela avec exactitude, vous aurez besoin d’être capable de jouer vraiment lentement, et il sera impossible de bluffer.
 
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